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 DIEU A-T-IL-RATÉ SA CRÉATION ?

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Pierresuzanne

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MessageSujet: DIEU A-T-IL-RATÉ SA CRÉATION ?   Lun 02 Oct 2017, 14:46

Le 2 octobre 2017.

Titulaire d’un DEA de philosophie (Paris IV) et Docteur en théologie (Grégorienne, Rome), le Père David Sendrez est professeur à l’Ecole Cathédrale du Collège des Bernardins, au sein de la Faculté Notre-Dame, de l’Institut Supérieur des Sciences Religieuses et des Cours publics. Aumônier de collège-lycée dans l’enseignement public à Paris, de 2011 à 2016, le Père Sendrez est actuellement vicaire à Saint Jacques du Haut-Pas. Son domaine de prédilection concerne la rationalité théologique.



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Le Père David Sendrez.




Il nous propose dans les semaines qui viennent un enseignement provocateur, qui va bousculer ceux qui sont tentés de lire la Bible littéralement. En effet, la Bible n'a pas été écrite par les juifs pour être lue littéralement, mais elle a été écrite pour servir de support d'interprétation, et de méditation.  




DIEU A-T-IL RATÉ SA CRÉATION ?



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(illustration de Camille Louvat).
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Pierresuzanne

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MessageSujet: Re: DIEU A-T-IL-RATÉ SA CRÉATION ?   Lun 02 Oct 2017, 14:47

DIEU A-T-IL RATÉ SA CRÉATION ?


PLAN DU COURS :
I / Parcours Biblique.
Semaine 1) Le récit de la Genèse
1. Les premiers chapitres du livre de la Genèse nous donnent nos coordonnées GPS (sabbat ; éthique ; histoire d’avant l’histoire)
2. Mythe et histoire : faire de l’histoire et parler de l’histoire
3. Lecture chrétienne du livre de la Genèse

Semaine 2) Au commencement
1. Création et commencement : fixer le cadre de l’Alliance
2. Parler des origines : savoir d’où l’on vient et savoir où l’on va
3. Création et péché originel : comprendre l’origine à partir de la fin

II. Tradition chrétienne

Semaine 3) Interprétation
1. Saint Augustin
2. Luther
3. Le concile de Trente

III. Vision catholique

Semaine 4) Éléments dogmatiques : le baptême
1. Le baptême enlève totalement le péché originel
2. La concupiscence n’est pas un péché
3. Le péché originel est-il un péché ?

Semaine 5) Éléments dogmatiques : le rapport péché - mort
1. Les « conciles » et le concile : Carthage, Orange, Trente
2. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique
3. Il y a mort et mort

IV. Reprise systématique et prolongements

Semaine 6) Péché originel originant
1. Ce qui s’est passé : peut-on lire le mythe comme un livre d’histoire ?
2. Péché et mort (à nouveau) : l’homme devait-il mourir ?
3. Alliance et ombres : le projet de Dieu et le péché du monde

Semaine 7) Adam et le Christ ? Ou le Christ et Adam ?
1. Adam a-t-il existé ?
2. Le Christ, nouvel Adam
3. Fils d’Adam, fils de Dieu (péché originel originé)

Semaine 8) Le mal
1. Le mal et les maux
2. L’énigme est plus féconde que l’explication
3. Théodicée : Dieu convoqué devant notre tribunal

V. Le Christ : clé d’interprétation

Semaine 9) Le Christ, centre de l’histoire
1. Ténèbres et lumière, aux origines
2. Le Christ, lumière venue dans le monde
3. Le mystère de la Croix

Semaine 10) Le fruit était-il défendu ?
1. La vertu n’est pas fille de l’ignorance
2. L’arbre de vie dans la Bible
3. L’eucharistie

VI. Excursus

Semaine 11) Les philosophes et l’espérance
1. Emmanuel Kant
2. Jean-Jacques Rousseau
3. Friedrich Nietzsche
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brigit ^^

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MessageSujet: Re: DIEU A-T-IL-RATÉ SA CRÉATION ?   Mar 03 Oct 2017, 00:44

Je ne sais pas si tu participes à ce long marathon, mais n'hésite pas à nous en faire un résumé si c'est le cas.

Collège des bernardins, il y a des podcast sur france culture, toujours des belles choses.

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Pierresuzanne a écrit:
Il nous propose dans les semaines qui viennent un enseignement provocateur, qui va bousculer ceux qui sont tentés de lire la Bible littéralement. En effet, la Bible n'a pas été écrite par les juifs pour être lue littéralement, mais elle a été écrite pour servir de support d'interprétation, et de méditation.

Wink

Pierresuzanne a écrit:

Semaine 8) Le mal
3. Théodicée : Dieu convoqué devant notre tribunal

Ah voilà ce que j'affectionne, la théodicée et la bienveillance.

Pierresuzanne a écrit:

VI. Excursus
Semaine 11) Les philosophes et l’espérance
3. Friedrich Nietzsche

Curieuse d'entendre ce qu'en dirait un prêtre, loin des clichés j'espère.
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Anozira

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MessageSujet: Re: DIEU A-T-IL-RATÉ SA CRÉATION ?   Mer 04 Oct 2017, 14:25

Où est-ce qu'on peut suivre ces cours ? C'est sur youtube ?
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Pierresuzanne

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MessageSujet: Re: DIEU A-T-IL-RATÉ SA CRÉATION ?   Mer 04 Oct 2017, 20:07

Face à l'enthousiasme généralisé de mes amis du forum,
et n'écoutant que mon courage
je me lance dans ce long marathon, comme l’appelle notre chère Brigit.


I/ ) LE RÉCIT DE LA GENÈSE.

1. Les premiers chapitres du livre de la Genèse nous donnent nos coordonnées GPS spirituelles : plan du salut.


Les trois premiers chapitres de la Genèse forment l'introduction du récit sur comment Dieu s'y prend pour maintenir son Alliance avec l'humanité.
Avant d'être le récit de la  « Chute de l'homme », ces trois premiers chapitres de la Bible sont l'annonce prophétique du plan de salut de Dieu.

Les trois premiers chapitres de la Bible se clôturent par un drame : Adam et Ève sont chassés du paradis. Le début de la Bible est donc l'histoire d'un raté, d'un échec : c'est le raté de la réponse des hommes à l'appel de Dieu. Cependant, Adam et Ève ne sont pas les seuls responsables, car le serpent (Satan) était là.

Cela pose donc une question : Dieu en créant Satan a-t-il une responsabilité dans le mal ?

Le chapitre 1 de la Genèse raconte la Création de l'univers. Il est centrée sur le sabbat, sur la semaine. C'est un chapitre qui renvoie au cosmos, et à la structure du temps.
Dans ce premier chapitre, Dieu qualifie 7 fois sa création de « bonne » (Genèse 1, versets 10, 12, 18, 21, 25 et 31).
Il n'y a donc aucune ambiguité : Dieu n'a créé que le bien.
On y raconte que Dieu façonne l'homme de ses propres mains. C'est la seule créature qui a ce privilège.
L'homme est donc un privilégié dans la création.

Le deuxième chapitre de la Genèse propose un second récit de la création : c'est un récit moral. Dieu pose un interdit :  « ne pas manger du fruit du bien et du mal ». Adam et Ève sont donc en situation de faire un choix libre face à la demande de Dieu.

Au chapitre 3, on voit Adam et Ève désobéir, choisir de vivre sans obéir à Dieu.
Ils perdent donc la vie au paradis terrestre, pour acquérir une pleine souveraineté sur leur monde. Ils ne voient plus Dieu au quotidien, ils sont loin de lui. Il devront mourir pour Le voir. Ils se reproduisent donc, et ils ont des enfants, car ils sont devenus mortels.

La désobéissance d’Adam et d’Ève a-t-elle fait perdre aux hommes leur position privilégiée ?
Au concile de Trente (au XVIe siècle, 1542), l'Eglise a clairement dit que non : Dieu a conservé ses privilèges à l'humanité : Elle a argumenté cette position, par la méditation de certains passages de la Bible :
- L'immortalité est perdue : les hommes sont mortels, mais, au début de la Bible, on voit la mort différée dans le temps : Noé vit près de 930 ans (Genèse 5, 5). Il ne s'agit pas de la réalité historique, mais de la confirmation que la mortalité de l'homme n'est pas la volonté de Dieu, puisque Celui-ci rend sa vie terrestre très longue.

- La prévenance divine : les hommes ont honte de leur nudité après leur faute, mais Dieu les revêt Lui-même d’habits (Genèse 3, 31). Cette attention divine prouve que Dieu n'a pas retiré aux hommes leur position privilégiée d'êtres créés à son image.

- Ces trois premiers chapitres de la Bible sont le début de toute la Bible,
qui raconte ensuite comment Dieu agira sans se lasser pour rendre accès à l'arbre de vie, qui a été interdit à la fin du chapitre 3, suite à la faute des hommes.
Dieu est créateur, mais il est aussi sauveur !

Ces trois premiers chapitres de la Bible, c'est l’histoire avant l'histoire !
Ces trois premiers chapitres de la Bible ne racontent pas forcement l'histoire humaine,
mais ils racontent le projet de Dieu avant de nous créer dans notre univers connu !


2. Mythe et histoire : faire de l’histoire et/ou parler de l’histoire.
Les trois premiers chapitres de la Bible nous donnent notre orientation GPS face à Dieu : ce début de la Bible nous révèle les intentions de Dieu.

Les penseurs au XXe siècle, se sont posés des questions sur la place des hommes face à Dieu :
- Sommes-nous jetés dans l'existence face à un Dieu indifférent, comme le suppose le philosophe Heidegger au XXe siècle ?
- Sommes-nous perdus dans une immensité vide et silencieuse, comme le prétend le biologiste Jacques Monod (1910-1976) ?
- Dieu est-il fâché contre nous ?
- Dieu est-il indifférent à nous ?
- Dieu se serait-il résigné au drame de l'histoire humaine ?


La Bible ne répond pas de façon dogmatique à ces questions existentielles.

Elle y répond par des mythes, des textes littéraires incitant à réfléchir.
Il y a donc bien des mythes dans la Bible.
Les récits de la Bible doivent et peuvent être lus de différentes façons :
-Le sens littéral : ce qui s'est réellement passé. Ce sens est primordial, mais pas exclusif. Il y a également d'autres sens :
-le sens allégorique : ce qu'il faut croire.
-le sens moral : comment il faut agir
-le sens anagogique : ce que nous devons espérer.

Adam est le symbole de l'humanité entière. Adam regarde vers Dieu, quoiqu'il vienne de la terre (de l'argile  Wink ). L'histoire d'Adam est donc l'histoire de tous les hommes !
Ce que nous devons espérer, le sens anagogique, puise sa force de conviction sur le rappel de ce que Dieu a déjà fait.
La création initiale de Dieu est l'histoire permanente de l'action de Dieu. Aujourd'hui Il nous crée, aujourd'hui Il nous sauve.
La Bible ne cherche pas à nous renseigner sur le passé, mais elle nous parle du passé pour nous orienter vers l'avenir que Dieu nous promet.
C'est sous l'horizon de la promesse que la Bible nous parle du passé. Ce n'est donc pas un livre d'histoire au sens habituel du terme).
La Bible ne fait pas de l'histoire, elle témoigne de l'action de Dieu,
C'est pour cela qu'elle se sert de mythes pour raconter la vérité de Dieu.
Le mythe est inépuisable, dit le philosophe Paul Ricoeur, bien davantage que le récit historique qui ne parle que de faits.
L'histoire du livre de la Genèse n'est donc pas le récit de la rupture des hommes,
c'est bien davantage le récit de comment Dieu va maintenir son projet de sauver l'humanité.


Ces trois premiers chapitres de la Genèse sont donc des mythes fondateurs de l'histoire de l'humanité dans le regard de Dieu. ..
Ce n'est pas péjoratif de le dire ! Qu'ils soient des mythes renforce leur pouvoir évocateur, mystique, porteur de vérité éternelle. Ces trois premiers chapitres de la Bible nous parle de l'histoire des hommes face à Dieu, mais pas forcement leur histoire (au sens d'un manuel d'histoire).
Ces trois premiers livres sont donc des mythes qui nous informent sur l'histoire du salut !


mots clés :
sabbat ; éthique ; histoire d’avant l’histoire.

3. Lecture chrétienne du livre de la Genèse.

Le chapitre 3 de la Genèse, est le récit de la chute des hommes, mais ce terme n'existe pas dans le texte hébraïque, grec ou latin de la Bible. Ce sont les éditeurs modernes de la Bible qui l'ont rajouté en tête de chapitre pour annoncer le contenu du texte.

Ce sont les chrétiens qui y ont lu un récit de la chute des hommes, au début de la genèse.
Les juifs avaient peu investi ces trois premiers livres de la Bible, ainsi que le démontre l'Ancien Testament, qui n'en parle pas.
Pour être précis, les juifs ont décidé définitivement en 70, quelle serait la liste des textes sacrés (donc pouvant être lus à la synagogue). Cela s'est fait après 70, après la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains. Le culte centré sur les sacrifices d'animaux n'était plus possible. Les juifs ont évolué vers l'étude de la Bible. Ils ont alors définitivement fixé le contenu de leur Bible. Ils ont choisi de conserver les textes uniquement écrits en hébreux. Ils ont donc rejeté les textes saints écrits en grec, donc depuis les 3 siècles précédant Jésus.

Le chrétiens ont conservé, eux, les écrits saints qui avaient été écrits en grec, donc entre le III et le premier siècle avant JC, période où les juifs s'étaient mis à parler grec, et tout particulièrement à Alexandrie.
Les chrétiens ont donc conservé le « Livre de la Sagesse », écrit en grec, et qui était texte saint pour les juifs avant 70. Or, ce livre parle longuement de la « chute » des hommes.

Comme ce sont des juifs qui ont rédigé le Livre de la Sagesse, nous savons donc que certains groupes juifs avaient eu, avant la naissance de Jésus, une réflexion sur la Chute, et sur ce que le chrétiens appelleront le péché originel.
Le concept spirituel est donc juif au départ, et il a été largement décrit par Paul dans ses épîtres (Romains 5, 12 à 21 ; Romains 8, 20 ; 1 Corinthiens 15, 22).


Paul de Tarse, juif instruit, fils de pharisiens, a donc parlé du péché originel. Les chrétiens ont ensuite fortement investi ce concept de péché originel, et cela aurait conduit les juifs à se désintéresser de ce concept, alors qu'ils en étaient les premiers penseurs. C'est le grand Rabbin de France, Israël Levi, qui a posé cette hypothèse au début du XXe siècle. En effet, les premiers textes de méditations hébraïques (il y a 2000 ans) expliquaient qu'Abraham (par son sacrifice) ou Moise (par le don de la Loi) avaient corrigé cette Chute originelle.
Les chrétiens diront que c'est le Christ qui corrige la Chute originelle. La doctrine du péché originelle est donc à l'origine juive, mais elle a été réinvestie par les chrétiens.

La responsabilité de Dieu dans le mal a été méditée par les juifs comme par les chrétiens, à partir de leur Bible personnelle.
Certains juifs, en particulier au Moyen age, décrivent Dieu comme ayant une main gauche jugeant les hommes, et créant le mal.

Les juifs ont ainsi expliqué au Moyen age littéralement le verset d’Isaïe qui parle de Dieu comme étant à l'origine du mal : Isaïe 45, 7 : « je façonne la lumière et je crée les ténèbres, je fais la paix et je crée le malheur. C’est moi, le Seigneur, qui fais tout cela. »



Or, pour les chrétiens, il est totalement impossible de rendre Dieu responsable du mal.
Il y a donc un progrès dans la révélation divine, entre le judaïsme et le christianisme.
Car ainsi disent ces passages du Nouveau Testament :
Tel est le message que nous avons entendu de Jésus Christ et que nous vous annonçons : Dieu est lumière ; en lui, il n’y a pas de ténèbres. » (1 Jean, 1, 5).
Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : « Ma tentation vient de Dieu. » Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne. Chacun est tenté par sa propre convoitise qui l’entraîne et le séduit. » (Jacques 1, 13-14).

Selon la Bible chrétienne (donc incluant l'Ancien et le Nouveau Testaments) : Dieu est totalement innocent du mal.


L'expression péché originel a été inventée par Saint Augustin au IVe siècle, mais le concept est bien juif à l'origine.
Or, seul le Christ permet de comprendre pleinement ce que signifie le concept de péché originel .... depuis qu'il nous en a libéré.

Mots clés :
péché originel,
chute.


Dernière édition par Pierresuzanne le Jeu 05 Oct 2017, 07:47, édité 1 fois
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Pierresuzanne

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MessageSujet: Re: DIEU A-T-IL-RATÉ SA CRÉATION ?   Mer 04 Oct 2017, 20:14

Anozira a écrit:
Où est-ce qu'on peut suivre ces cours ? C'est sur youtube ?

Non, on trouve ce cours en ligne sur le site du Collège des Bernardins : sinod.fr
C'est gratuit (et anonyme si tu le souhaites). On peut s'y inscrire en moins d'une minute.
C'est un MOOC, donc un enseignement en ligne que tu peux suivre quand tu as le temps.
Un forum est ouvert pendant le temps du cours (d'octobre à décembre), et tu peux y poser des questions et discuter avec les autres membres du forum. Tu peux même poser tes questions de telle façon que ce soit l'enseignant lui-même qui te réponde (il est docteur en théologie, tout de même).

Je fais les résumés, mais il est bien plus instructif de participer par soi-même.


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Raphaël#

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MessageSujet: Re: DIEU A-T-IL-RATÉ SA CRÉATION ?   Jeu 05 Oct 2017, 00:06

Merci Pierresuzanne, c'est très intéressant, même pour moi ! Wink
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Pierresuzanne

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MessageSujet: Re: DIEU A-T-IL-RATÉ SA CRÉATION ?   Jeu 05 Oct 2017, 07:33

Raphaël# a écrit:
Merci Pierresuzanne, c'est très intéressant, même pour moi ! Wink

Pas de quoi, Raphaël,
Quand on est intelligent, et curieux, on peut s'intéresser à la Bible même sans être croyant. Il s'agit de culture générale.
J'en profite pour te remercier de ton appréciation élogieuse sur mon Histoire illustrée des monothéistes. J'avais lu avec plaisir ton commentaire. Il n'est pas inutile de me dire ce genre de choses, tant les critiques que je subis sont récurrentes. Comme tu l'as remarqué, j'avais pourtant eu à coeur en l'écrivant de ne donner que des informations historiques confirmées par des travaux d'historiens sérieux.
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Pierresuzanne

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MessageSujet: Re: DIEU A-T-IL-RATÉ SA CRÉATION ?   Ven 06 Oct 2017, 13:25

Suite au premier enseignement, il y a naturellement eu quelques remous sur le forum du Collège des Bernardins.

Comment ? la Bible contiendrait des mythes ?
allons donc !

Voilà la réponse du Père Senchrez, que je vous ai copiée-collée.

Il faut soignesement la lire.... car il répond à des questions que nous avons souvent soulevées sur le forum.

(j'avais raison  Rolling Eyes , comme d'hab !   Wink ) (je vais rajouté des couleurs et souligner le plan, sinon personne ne va le lire jusqu'au bout)


A propos du terme " MYTHE " (Message du Père SENDREZ).



« Aucune définition du mythe ne fait l'unanimité » (Pierre-Marie Beaude, dans l'article « Mythe » du Dictionnaire critique de théologie, dir. Jean-Yves Lacoste, Paris, 1998).
« Mythe » et « mythologie » ne sont pas synonymes.
On peut parler du mythe de la caverne (comme le fait Léon Robin dans l'édition de la Pléiade) à propos de la célèbre allégorie du livre VII de la République de Platon, mais pas de mythologie de la caverne.
Le mot grec μῦθος est très vague. Il signifie discours, récit, rumeur, discussion philosophique, ordre, fable... (Dictionnaire grec français d’Anatole Bailly). Cette indétermination des sens possibles du mot « mythe » le rend disponible pour des usages spécifiques et définis.
Ainsi, Mircea Eliade  donne au mot mythe la signification d'un récit sacré, d'une histoire ayant eu lieu « dans un temps primordial » (Le sacré et le profane). Dans le même ouvrage, il observe qu’il revient « au mythe primordial » « de conserver la vraie histoire, l’histoire de la condition humaine : c’est en lui qu’il faut chercher et retrouver les principes et les paradigmes de toute conduite. » (Paris, 1965, p. 88).
Dans un autre ouvrage, il souligne le rapport entre mythe, cosmogonie et rite, rapport que l’on retrouve dans Gn 1 (Aspects du mythe, Paris, 1963, p. 46). Il montre bien que le mythe primordial est ambivalent et que, dans le christianisme (on pourrait compléter son propos en écrivant « dans le judéo-christianisme »), il a subi « de profondes et radicales modifications dans la valorisation religieuse du Cosmos et le la Vie » (Le sacré et le profane, Paris, 1965, p. 136).
En effet, alors que des mythes primordiaux fondent le cannibalisme, le texte de Gn 1–3 fonde tout autre chose, à savoir, une vocation co-créatrice de l’être humain, une posture d’alliance qui relève de l’appel de Dieu, la ritualisation du temps avec le sabbat (et le récit, inépuisable, a encore bien d’autres ressources prodigieusement libératrices, comme l’égalité de l’homme et de la femme dans leur non substituabilité, le rapport vie et connaissance, le rapport au langage etc.).
Autrement dit, la Bible a puisé dans un fond commun de mythes tout en produisant un texte très profondément original.

Paul Ricœur définit le mythe comme un symbole développé Le symbole donne à penser », Esprit, n°275, août 1959, p. 60‑76), ce qui correspond très bien à ce que nous trouvons dans Gn 1–3, où les éléments ne sauraient être pris au pied de la lettre sans sombrer dans la fantaisie la plus légendaire (quelle langue parlait le serpent ? quelle forme avait-il avant d’être condamné à ramper ? le fruit défendu était-il une pomme ? d'où vient la femme de Caïn ?).

Dans notre parcours, le mot « mythe » a une fonction précise qu’il est possible de décrire en citant un ouvrage de Mgr. Ladaria, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi : « […] les découvertes des sciences naturelles d’une part, les progrès des études bibliques et de nouvelles perspectives théologiques d’autre part, ont abouti à une compréhension plus vaste des récits des origines. Elle renonce à voir en eux une simple chronique des faits tels qu’ils se sont déroulés, tout en sauvegardant la valeur théologie permanente de ces premiers chapitres de la Bible ». (Mystère de Dieu et mystère de l’homme. Anthropologie théologique, Paris, 2011, p. 52).

« Mythe » ne s’oppose donc pas à « vrai », il n’est pas synonyme de « faux ».
Le mythe de Gn 1–3 est même précisément vrai en son genre littéraire de récit primordial, car c’est ainsi qu’il nous situe tous, sans exception, en face de Dieu dont il nous révèle la puissance créatrice, la volonté d’alliance, l’intention salvifique.
Le mot peut être mal interprété, du fait même de sa polyvalence d’origine.
Mais aucun mot, ici, n’est tout à fait satisfaisant.
- « Mythologie » est à rejeter, car suggère un récit totalement imaginaire et fantaisiste. - « Allégorie » ? Mais l’allégorie suppose une précision, une fixité dans le jeu de correspondance entre les éléments du récit et leur visée qui n’est pas la manière de faire de Gn 1–3.
- Cette dernière remarque vaut aussi pour le mot « métaphore », l’allégorie étant un récit métaphorique et la métaphore désignant non pas un récit mais un élément du récit.
-  « Parabole » ? Mais ce mot qui, en grec, signifie originellement « comparaison », est tellement identifié avec le style de prédication du Christ qu’il est préférable de ne pas le convoquer pour parler de Gn 1–3.
- Mgr. Ladaria est assez favorable à l’expression forgée par Karl Rahner : « étiologie historique ». Cette expression a l’avantage d’être taillée sur mesure pour désigner Gn 1–3, mais le désavantage de relever d’un jargon technique très peu intelligible pour les non spécialistes.

- Le mot « mythe » est donc un pis aller. Son emploi suppose d’entrer dans la perspective d’ensemble, laquelle lui donne un sens défini et adéquat. Cette perspective a, entre autres objectifs importants, de nous faire entendre la richesse extraordinaire de l’enseignement de Gn 1–3, par-delà nos attentes très formatées par notre contexte scientiste.
S’opposer au mot mythe au prétexte qu’il négligerait la vérité biblique est très infantile et impropre à ouvrir l’accès à ce qu’est, justement, la vérité biblique : elle se situe sur un autre plan que l’astrophysique, la paléontologie ou même le rapport circonstancié sur les premiers « jours » de l’univers.


Père SENDREZ
(mis en couleur par Pierre-Elie : )
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Pierresuzanne

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MessageSujet: Re: DIEU A-T-IL-RATÉ SA CRÉATION ?   Ven 06 Oct 2017, 13:25

Quelques précisions données par le Père Sendrez sur les premiers chapitres de la Genèse :
L’imitation de Dieu est la vocation des hommes.
On trouve le commandement du repos du Sabbat dans le Décalogue, dans le livre de l'Exode.
Le Livre de la Genèse dit juste que Dieu s'est reposé le 7e jour, mais il n'est pas dit que les hommes devaient le fairel.
La Genèse dit seulement que les hommes (masculins et feminins)s ontn à l'image de Dieu, et qu'il est normal qu'ils imitent Dieu.

Cette façon de formuler la Genèse indique quelle est la vocation des homes : ils doivent apprendre à imiter Dieu, et par exemple dans le repos du sabbat.

Les bénédictions de Dieu.
Dans le chapitre 1 de la Genèse, il y a 7 bénédictions inégalement réparties sur les premiers versets de la Genèse.
Toute la création de Dieu est dit globalement très bonne à la fin.
La création de l'homme avait été qualifiée bonne, juste avant.
Les hommes sont donc appelés à devenir très bons... ils ne sont que bons à l'origine.
Notre vocation est donc de nous bonifier. Nous ne sommes pas parfaits, mais nous devons nous sanctifier.

Accomplir notre vocation : rester avec Dieu.
Le récit de la Genèse montre que l'homme va vers une dégradation et vers la mort quand il s'éloigne de Dieu.
Dieu est défiguré par la mauvais conception de l'homme. Or, ce qui dégrade Dieu dans le regard de l'homme, conduit l'homme à sa propre dégradation. Il meurt, subit le mal....

L'absence d’Ève lors de l'interdit de l'arbre.
Le commandement de ne pas manger le fruit de l'arbre est donné à Adam alors que Eve n'est pas encore créée.
Comment Adam a-t-il communiqué l'interdit à Eve ?
Or, Ève connait l'interdit quand elle parle au serpent. C'est donc Adam qui lui a transmis l'information.
Comment Adam a-t-il transmis cet interdit à Ève ?

Le serpent trompe Ève en modifiant la musique de la parole de Dieu.
Dieu a mis l'accès sur la profusion des arbres donnés aux hommes.
Alors que le serpent met l'accès sur l'interdit :
il parle immédiatement de l'interdit, donc il met l'accès sur le manque.
Eve répond en se mettant sur le même plan que le serpent : elle polémique, elle parle des interdits, et pas de la générosité de Dieu qui a donné tous les arbres aux hommes.

Ainsi Adam a donc une responsabilité dans la chute, car il a mal transmis l'information.
Les commandements ne sont pas donnés que pour notre obéissance individuelle,
mais ils sont donnés pour nous inclure dans la responsabilité envers autrui. L'individu est appelé à être au service de sa communauté, en l'aidant dans le respect des commandements.
Il n'est pas bon que l’homme soit seul, ils se réalise dans la communion avec les autres et tout particulièrement dans sa communion avec Dieu.



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Tonton




MessageSujet: Re: DIEU A-T-IL-RATÉ SA CRÉATION ?   Ven 06 Oct 2017, 15:26

Pierre suzane, tu as le don pour savoir aller chercher ce qui est important pour comprendre la culture chrétienne.

Un regal. Merci de prendre de ton temps pour nous le donner.
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MessageSujet: Re: DIEU A-T-IL-RATÉ SA CRÉATION ?   

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